Des vacances ordinaires

 

Bonjour !
Moi, c'est Charlotte.
J'suis au C.P. Mon grand frère Julien, c'est déjà un vieux. Il a presque 9 ans.
Mon papa et ma maman, qui pensent toujours pour eux et pour nous deux, ont décidé, comme tous les ans, d'aller passer les vacances de février aux ROUSSES, dans le chalet à monsieur GANET : c'est un copain de pépé. J'sais pas trop où c'est, LES ROUSSES. J'sais pas bien lire la carte. Il paraît que c'est encore la France, mais pas pour longtemps : c'est bientôt la Suisse. En tout cas, j'aime bien y aller parce que c'est pas comme à Brazey. Il y a la montagne..... et puis la neige ! On peut s'amuser avec, faire de la luge et surtout.... du ski. Mon papa, il dit tout le temps :
- Elle est pas grande, alors quand elle tombe, c'est pas de haut ; elle se fait pas mal.
Même pas vrai ! N'importe quoi ! J'tombe pas souvent. En tout cas, moins que lui !!!

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Maman avait dit :
- Je travaille samedi ; on partira dimanche matin.
Les valises étaient déjà prêtes depuis jeudi.
Mais.... samedi matin, je toussais beaucoup. J'avais 39° 5 et Julien 39°. Ca s'appelle la fièvre. C'est quand on est malade. Maman, pas contente, a dit :
- On n'a pas idée de tomber malade le jour des vacances !
Avant de partir au boulot, elle a téléphoné au docteur qui est venu nous taper dans le dos et nous faire tousser exprès.
- Julien a une otite et une bronchite, qu'il a dit le docteur.
Moi, j'avais aussi un truc qui rime en "ite". (C'est mon papa qui nous a appris les rimes en poésie, au C.P.). J'me rappelle plus quoi, mais, en tout cas, c'était pas juste parce que c'était moi qui avais le plus de fièvre et j'avais qu'une maladie ! Mon papa, qui est toujours optimiste, a dit :
- T'en fais pas, la suite va venir.
Le docteur a rigolé, puis il a encore dit qu'il fallait rester bien au chaud plusieurs jours et surtout si on montait en voiture, rouler un peu pour la chauffer avant de nous mettre dedans. Ce qu'il savait pas le docteur, et papa lui a pas dit, c'est qu' le problème, c'est pas de chauffer l'auto avant de partir ; ça, c'est facile ; mais, c'est de chauffer le chalet en arrivant !!!
Samedi soir, en rentrant du labo, maman était toujours pas trop contente. Elle a juste dit, en nous donnant nos médicaments :
- Bon, on ne va pas partir demain. On verra lundi matin.
Les vacances commençaient bien !!

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Papa a profité du dimanche pour faire sa déclaration d'impôts. C'est des sous qu'il faut donner, mais on n'achète pas, on n'a rien à la place. Un truc bizarre !
Nous, on est restés au lit à regarder la télé que papa avait apportée dans la chambre à Julien. On essayait bien de demander de temps en temps :
- Quand c'est qu'on part ?
Mais, la réponse était toujours la même :
- Demain, quand vous ne serez plus malades.
Maman tournait en rond dans la maison autour des valises.

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Lundi matin, en se réveillant, papa nous a mis, à tous les deux, la main sur le front. Il a dit :
- Il y a encore un peu de température, mais pas trop. On y va.
Moi, je toussais beaucoup.
Ils ont commencé à charger la voiture. Nous, on essayait de sortir pour être sûrs qu'on n'oublie pas nos affaires les plus importantes : les poupées, les nounours, les Légos et puis nos cassettes de TINTIN et Mary POPPINS.... Mais, à chaque fois, on se faisait renvoyer dans la maison.... pour pas avoir froid. Mais, on n'avait pas froid !!
Enfin, vers dix heures, papa a dit :
- C'est fini. Je crois qu'on n'a rien oublié.
Nous, on s'est tout-de-suite précipité dans la voiture.
Mais on s'est vite fait houspiller. Il fallait que papa chauffe l'auto comme avait dit le docteur. Il en a profité pour aller acheter le pain et le journal, faire le plein d'essence et poster sa déclaration d'impôts et celle de maman.
Quand il est revenu, on était emmitouflés comme des esquimaux. On a enfin eu le droit de monter.
Les vacances commençaient vraiment, .... qu'on croyait !!

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En partant de Brazey, il faisait beau. Mais, c'était à Poligny, qu'il a dit papa, à la moitié du chemin, la neige a commencé à tomber : des gros flocons serrés. On ne voyait plus rien autour de nous. Par terre, c'était tout blanc, surtout sur la route.
On n'a pas roulé vite ! D'abord, toutes les voitures, elles roulaient pas vite et on était bien obligés de suivre !
- On a oublié les chaînes, a dit papa.
- Tu devrais t'arrêter pour en acheter, a répondu maman.
Déjà une chose qu'on avait oubliée ! Julien et moi, un peu inquiets, on a vite vérifié discrètement si nos nounours, nos Légos et tout le reste étaient bien dans l'auto.
- C'est une vraie tempête, a encore dit papa, mais tant pis, ça roule, pas vite, mais ça roule. Je ne m'arrête pas; on verra à Morez.
On a croisé plein de chasse-neige tout le long du chemin. Papa et maman nous demandaient souvent si ça allait, si on n'avait pas froid. Non, on n'avait pas froid. Par contre, moi, je commençais à avoir faim.
On est enfin arrivés au chalet. La neige tombait toujours aussi fort. Nous, on est restés dans l'auto, au chaud. Papa et maman sont descendus avec la clé. On les a vus s'enfoncer jusqu'aux cuisses dans la neige pour aller à la porte. Puis, maman est ressortie avec une pelle pour faire un chemin pendant que papa s'occupait du chauffage. Il a dit après :
- Heureusement, il n'a pas du faire très froid, le fuel n'était pas en paillettes. On n'a pas eu besoin du sèche-cheveux.
Ensuite, ils ont commencé à décharger la voiture. Nous, on n'avait toujours pas le droit de sortir : il ne faisait pas assez chaud dans le chalet. Mais, avec le coffre ouvert, il commençait à ne plus faire très chaud non plus dans l'auto ! Et puis, j'avais de plus en plus faim.
Enfin, maman a quand même fini par décider qu'on pouvait rentrer dans le chalet.
J'avais de la neige jusqu'au nombril dans le petit chemin qu'elle avait fait, mais pas le droit de la toucher. Au contraire, il fallait se dépêcher.
A l'intérieur, il faisait un peu plus chaud que dans l'auto. Mais, quand même, c'était pas super ! On a vite mangé pour se réchauffer, puis on a attendu.
- Il n'y a que ça à faire, a dit papa.
L'après-midi, on a regardé Mary POPPINS. On le connaît déjà par cœur, mais ça ne fait rien. Moi, je toussais de plus en plus.
Lundi soir, quand papa a fermé les volets, il neigeait toujours beaucoup.

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Mardi matin, il ne neigeait plus. Le ciel était tout bleu et le soleil brillait fort. C'était magnifique avec toute la neige sur les sapins.
La voiture aussi était sous un tas de neige.
Il faisait enfin à peu près bon dans le chalet.
On a encore eu droit à la main de papa sur le front. A la mine qu'il a faite, on a compris que ça n'était pas bon signe.
Ils se sont habillés tous les deux: papa pour refaire le chemin dans la cour et déneiger la voiture ; maman pour aller à pied faire les courses. Alors là, c'était pas juste : eux, ils avaient le droit d'aller jouer dans la neige et pas nous ! C'était pas la peine de nous amener aux ROUSSES !
- C'est parce que vous êtes encore malades, a dit maman.
- C'est quand qu'on pourra sortir ?
- Demain.

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L'après-midi, maman est allée faire du ski. Nous, on est restés avec papa qui lisait, puisqu'on avait juste le droit de voir la neige par la fenêtre. On a regardé "l'espion aux pattes de velours" avec le magnétoscope, puis à la télé "le miel et les abeilles" et "Hélène et les garçons". Rien que des trucs intelligents, dit papa pour se moquer.
Pour nous faire plaisir, mais ça nous a plutôt fait enrager, maman nous a rapporté une branche de sapin du "Bois Dondon". C'est la grande descente qu'on aime bien faire avec Julien, mais où papa tombe tout le temps.

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Mercredi matin, le ciel était toujours aussi bleu.
On a cru un moment qu'il neigeait à nouveau et qu'on allait voir un arc-en-ciel de neige, mais c'était seulement la neige qui s'envolait des toits.
- C'est la bise et elle est forte, a dit papa en nous remettant la main sur le front pendant qu'on déjeunait. Alors là, je toussais encore beaucoup, mais j'ai pas pu me retenir :
- Tu nous as dit qu'on sortait demain. Demain, c'est aujourd'hui. Alors, on sort.
- Non, il fait trop froid. On sortira demain.
Je me suis mise en colère et j'ai pleuré parce qu'il était vraiment très méchant, mon papa. Je ne comprenais plus du tout.
- D'habitude, quand il y a le soleil, il fait chaud. Et là, il y a du soleil et tu dis qu'il fait froid ! C'est pas possible ! T'es un menteur !
- C'est à cause de la bise.
- Bon, si c'est comme ça, je mange plus.
Et on n'est pas sortis. Par contre, lui, il a mis son anorak, ses bottes fourrées comme un esquimau, son bonnet, ses gants et ses lunettes de soleil et il est parti.
Oh ! pas longtemps ! A peine cinq minutes après, il revenait :
- Il a dû faire très, très froid, cette nuit. Y a plus de courant dans la voiture. La batterie doit être fichue.
Maman s'est fâchée :
- T'avais qu'à prendre le chargeur.
- Mais, il est chez les voisins.
- Tu pouvais aller le chercher !
C'est Moussim qui vient tout le temps le prendre à la maison. Et quand on lui demande de le rapporter, il revient à nouveau le réclamer le lendemain. Même que mon papa, il a dit un jour qu'à force, il ne savait plus très bien à qui il était et qui l'empruntait à l'autre.
En tout cas, nous, on a compris que c'était encore une chose importante qu'ils avaient oubliée.
Papa est ressorti et maman s'est mise à pleurer. Il y avait de l'ambiance au chalet ! Moi, j'essayais de ne plus tousser. Avec Julien, on s'est enfermés dans notre chambre pour avoir la paix parce qu'on a l'habitude : quand papa et maman se disputent, c'est toujours nous qui trinquons à la fin.
Quand papa est rentré avec le pain et le journal, il a dit qu'il était frigorifié, qu'il avait eu du mal à aller jusqu'au Centre-Ville, qu'il avait fait -25° la nuit, qu'il faisait encore -12°, qu'il n'y avait personne dans les rues et que toutes les pistes de ski étaient fermées à cause du froid.
Maman s'est remise à pleurer :
- On mange, on fait les valises, on pousse la voiture et on rentre à Brazey. C'est pas la peine de rester dans ces conditions-là. On n'a même plus de voiture pour les emmener au cinéma !
Nous, on a rien dit, mais ça nous embêtait un peu : on n'avait pas encore pu toucher la neige ! Et puis, on serait bien allés au cinéma voir "Tom & Jerry" ou "Maman, j'ai encore raté l'avion".
Papa non plus n'a rien répondu, mais il avait sûrement déjà sa petite idée.
D'abord, il savait, mon papa, qu'on ne pourrait pas repartir rien qu'en poussant la voiture, surtout s'il fallait encore la faire chauffer avant qu'on monte dedans.
Maman a encore dit :
- L'an prochain, je pars toute seule aux sports d'hiver, comme ça j'aurai la paix.
Puis, on a mangé en silence.

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A la fin du repas, papa a ouvert la porte de la terrasse. Il est sorti et nous a appelés.
- Alors, ça y est ? Il fait plus froid ? On n'est plus malade ? On peut sortir ?
Maman nous a vite fait mettre nos combinaisons, nos cagoules, nos anoraks, nos bottes et nos gants.
Au début, on n'osait pas trop aller dans la neige. Puis, comme on a vu que papa et maman ne disaient rien, on a commencé à se rouler dedans, faire des chemins, un bonhomme de neige et une bataille.
Un quart d'heure plus tard, maman nous a fait rentrer et déshabiller entièrement pour tout sécher.
Apparemment, l'orage était passé sur le chalet.
Papa a dit à maman :
- Tu vas aller au garage Renault à cinq cents mètres. De toute façon, le chargeur n'aurait servi à rien. Il faut sûrement changer la batterie, ou alors, on aurait du la démonter le soir pour la rentrer au chaud. Mais, on n'a même pas pensé à prendre des outils !
Des outils ! Une autre chose importante qu'ils avaient oubliée ! Décidément, qu'est-ce qu'ils peuvent être étourdis, nos parents ! Nous, on avait pensé à tout ! Toutes nos choses importantes étaient là ! On avait quand même bien fait de surveiller le chargement !
Puis, il a ajouté :
- Après ce qu'ils viennent de faire, on ira encore tout-a-l'heure se balader à pied. Ca sera l'épreuve de vérité. Ou bien, demain matin, ils ont 40° et on part, ou bien le froid aura tué les microbes et on pourra enfin faire ce qu'on veut.
Les microbes, moi, je sais ce que c'est ! C'est des petites bêtes, encore plus petites que les poux, que maman, elle regarde dans son microscope tous les jours au labo. J'aimerais bien en voir parce que ça doit être joli pour que maman les regarde tout le temps. Mais, j'ai pas bien compris ce qu'ils faisaient dans notre maladie. Enfin, si papa le dit !

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Deux "TINTIN" plus tard, et après que le garagiste soit passé prendre l'auto avec sa dépanneuse, on est donc partis, d'abord sur la piste de luge faire des descentes avec la pomme (mais, papa avait raison: décidément, il y faisait trop froid), puis nous promener dans les rues des Rousses jusqu'au départ des pistes de ski de fond où il n'y avait pas beaucoup de monde.
On en a profité pour téléphoner à mémé et à tata Geneviève qui voulait venir au chalet la semaine prochaine avec tonton Claude et Bertrand et David, nos cousins.
Le soir, Julien était en pleine forme. Moi, je toussais à nouveau beaucoup et j'étais très fatiguée. Je suis allée au lit de bonne heure et j'ai juste eu le temps d'entendre, avant de m'endormir, mon papa qui disait :
- Je crois que cette fois, elle l'a aussi, sa bronchite.

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Jeudi matin, en nous réveillant, un peu inquiets, Julien et moi, on s'est tâté le front, comme faisait papa. On n'était pas très sûrs, mais on pensait qu'on n'était plus beaucoup malades. Puis, on a entendu maman qui disait :
- Qu'est-ce qu'elle tousse !
Alors là, on a eu très peur. On s'est dit :
- Ca y est, on rentre à Brazey !
Un moment après, papa est venu nous mettre la main sur le front. Je me retenais de respirer. Si ça pouvait faire baisser la fièvre ! Enfin, le verdict est tombé :
- Ca devrait être bon. Il ne doit plus y avoir de température.
On a sauté de joie sur le lit tous les deux.
- Alors, ça y est ? On peut aller faire du ski ?
Maman a quand même vérifié avec le thermomètre :
- C'est bon; je n'arrive même pas à le faire monter à 36°. Mais, qu'est-ce que tu tousses. Allez, sirop !
- Dépêchez-vous de déjeuner et de vous habiller. On va passer au garage récupérer la voiture et acheter des chaînes parce que la météo annonce encore une tempête, puis on ira louer des skis.
Moi, je me suis dépêchée. Julien s'est un peu fait tirer l'oreille. Mais, on a l'habitude. Chaque fois qu'on propose quelque chose, il y a toujours un truc qui ne va pas comme il voudrait. Je ne me rappelle plus si c'était parce qu' il n'avait pas les bons habits, ou si c'était parce que le dessin animé n'était pas fini à la télé.
Papa dit qu'il a l'esprit de contradiction. Il l'appelle même parfois : "Monsieur NON".Mais, entre nous (faudra surtout pas lui répéter), je crois que Julien, il est comme papa.
Enfin, on est partis louer les skis avec des belles chaussures rouges. Ca aussi, c'est un truc bizarre ! On donne des sous, mais on n'achète pas. Il faut ramener les skis à la dame après. Elle garde les skis et les sous ! Madame ROY, elle garde les sous mais elle me donne les bonbons, elle, au moins !
On est rentrés au chalet pour manger et papa et maman ont dit qu'il y avait encore beaucoup de bise ; il faisait -5° ; alors, on irait dans le Risoux pour être à l'abri au milieu des sapins. Moi, je connaissais pas, alors j'ai rien dit, mais Julien a encore râlé parce que, dans le Risoux, lui, il connaît. Il a dit qu'il n'y avait que des montées et pas des grandes descentes.
C'est vrai qu'il y a une grande montée pour commencer. Mais après, il y a quand même des descentes. Même qu'on a vu les gendarmes avec un motoneige et un traîneau qui venaient chercher une dame qui s'était fait mal en tombant. Moi, j'suis pas tombée. Mon papa non plus d'ailleurs, je me demande comment il a fait. On est allé presque jusqu'au chalet Rose. Je m'en rappelle parce que c'est le même nom que la dame qui vendait les bonbons avant madame ROY à Brazey et que mon copain Vincent qui est dans la classe à papa.
Et puis, la grande montée du début qui n'en finissait pas, on l'a faite en descente, au retour. C'était rigolo. Mon papa, on ne sait pas ce qu'il a fait, mais on l'a attendu longtemps, en bas. On s'est même demandé s'il ne fallait pas retourner chercher les gendarmes avec le motoneige. Il a du descendre à pied parce qu'il ne sait pas freiner, ni tourner. Sur les skis, il a pas les pédales et le volant comme dans son auto.
Enfin, c'était une bonne journée : notre première vraie journée à la neige.

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Vendredi, papa a décidé qu'on irait skier le matin à cause de la tempête que la météo annonçait. Et puis aussi, il faisait moins froid : il n'y avait plus de bise. Julien a voulu aller au pont : c'est la G.T.J. qui passe sous la route. On y va souvent. C'est là que j'ai commencé à faire du ski. Il faisait chaud. On a fait le tour du "Bois Dondon" avec ses grandes descentes. Personne n'est tombé non plus, même pas mon papa ! Qu'est-ce qu'il fait comme progrès !
L'après-midi, comme il faisait toujours beau (la tempête était en retard), maman a choisi "La Darbella". On a fait "La Dolarde". J'ai eu du mal. Je commençais à fatiguer, et puis, je l'ai pas encore dit, on pouvait pas me perdre. On m'entendait de loin : je toussais toujours beaucoup. C'est fatigant de tousser tout le temps. Mon papa, il a dit qu'on avait fait dix kilomètres à ski dans la journée.
A la fin, je suis tombée dans la grande descente sans trace et Julien m'est rentré dedans. C'est moi qu'avait mal, mais c'est lui qui criait parce que je l'avais gêné. Mon papa, on savait pas trop encore où il était, puis, on l'a vu arriver, tomber, se relever, tomber encore, se rerelever et foncer tout droit dans la neige molle où personne ne va parce que c'est plus la piste. Du coup, j'avais plus mal et Julien n'était plus en colère.
Mon papa, il avait l'air pas content. Même qu'il a dit :
- Le ski, c'est bien quand ça monte. On devrait supprimer les descentes.
Nous, on s'est dit qu'il avait rien compris. Les skis, c'est fait pour descendre, pas pour monter !

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Quand on est rentré, le ciel n'était plus bleu. Il y avait plein de petits nuages qui arrivaient. On a encore téléphoné deux fois à tata Geneviève parce qu'elle voulait venir samedi, mais nous, on commençait seulement à s'amuser, alors on voulait pas partir demain. Finalement, elle a dit qu'on pouvait rester jusqu'à lundi.
Ouais ! On était content ! Demain matin, si la tempête n'était pas encore là, on irait faire le tour du lac. Là aussi, il y a des belles descentes.
On a acheté les cartes postales qu'on allait envoyer à tous les copains.

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Le soir, au chalet, pendant qu'on écrivait nos cartes, on a eu des problèmes avec le poêle à mazout. Ca fumait et ça sentait pas bon. On avait les yeux qui piquaient.
Mon papa a ouvert toutes les fenêtres pour faire partir la fumée. Il ne faisait plus très chaud. En se couchant, il a laissé la porte de la terrasse ouverte et il a dit :
- Je préfère mourir de froid que mourir asphyxié.
- C'est gai, a répondu maman. Puis, on s'est endormi en pensant au tour du lac.

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Samedi matin, quand on s'est réveillé, maman nous a dit de rester au lit parce qu'il n'y avait plus de chauffage dans le chalet et aussi parce que c'était tout sale partout. On n'a pas compris tout-de-suite, mais c'est vrai que c'était tout noir par terre ; il ne faisait plus très chaud et il y avait une drôle d'odeur.
Puis, elle nous a expliqué ce qui s'était passé pendant la nuit. Nous, on n'a rien vu et rien entendu. On ne s'est même pas réveillés, mais il paraît qu'on a tous failli brûler. Maman nous a raconté qu'elle s'est réveillée à une heure du matin parce qu'elle avait trop chaud et parce qu'il faisait jour ! C'était le chalet qui prenait feu ! Le poêle qui nous avait embêté le soir s'était déréglé. Il s'est rempli et le mazout a coulé sur le carrelage. Maman a vite couru chez monsieur Gangnery (c'est le voisin) appeler les pompiers parce qu'on n'a pas le téléphone au chalet, puis chercher l'extincteur dans la voiture. Papa a éteint le feu avec des serpillières et l'extincteur, mais ça se rallumait tout le temps : le mazout était trop chaud. Enfin, quand les pompiers sont arrivés, il avait réussi. Il n'y avait plus que la cheminée qui brûlait.
Les pompiers ont dit qu'il ne fallait plus jamais se servir du poêle et qu'on avait eu de la chance, d'abord parce que maman s'était réveillée juste à temps, et puis aussi parce que la nuit était douce : il ne faisait que -10°.
Maman et papa ont eu tellement peur qu'ils n'ont pas pu se rendormir.

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Drôle de chance quand même : on était obligés de partir, alors que tata Geneviève avait dit jusqu'à lundi.
- Et les cartes postales des copains ?
Maman a dit :
- Bof ! On leur portera au lieu de les envoyer.
Et en plus, il faisait beau et chaud, dehors. La tempête n'était toujours pas là ! A la place du tour du lac, papa est allé faire les courses, le plein d'essence et rendre les skis a la dame qui avait déjà les sous. Les belles chaussures rouges étaient toutes noires, mais la dame n'a rien dit. Maman a refait les valises et nettoyé un peu le chalet pendant qu'on attendait en jouant dans la voiture.

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A une heure de l'après-midi, on quittait le chalet sous un beau soleil printanier, en se demandant si on allait y revenir un jour. Moi, j'avais aussi faim que le jour de l'arrivée parce qu'on n'avait toujours pas mangé.
A trois heures, on arrivait à Brazey, plus malade du tout. Je ne toussais même plus.
Papa, qui trouve toujours une phrase idiote, a dit :
- Les vapeurs de mazout, c'est bon pour les bronches.

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Il restait à prévenir tata Geneviève qui n'aurait pas du tout ses vacances à la neige et le copain de pépé pour lui dire qu'on avait un peu abîmé son chalet. Mais ça, on ne s'en occupe pas : c'est à maman de le faire.

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Deux jours après, toutes nos affaires sentent encore le fuel, même la pipe à papa ! Mais, c'est bientôt son anniversaire : je crois qu'on va lui en offrir une neuve.

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Aux prochaines vacances, on va à Bourges chez tata Yvette et tonton Roger pour le Printemps de la Chanson. Je ne sais pas comment ça va se passer, mais les vacances avec papa et maman, c'est jamais triste. On n'a pas le temps de s'ennuyer !!!

Brazey-en-Plaine, février 1993.